L'adieu à l'atelier

- Exposition du 20 avril 2002 - 7, Bd de Metz à Lille


"L'adieu à l'atelier" est une réunion de famille et de quartier qui a eu lieu à Lille-Esquermes, le 20 avril 2002. Christiane et Maurice Bailleul ont eu la bonne idée d'associer une exposition des oeuvres de Christiane avec celle des outils de menuisier de l'atelier de mon grand-père. Ci-dessous, vous pouvez lire l'histoire de la menuiserie Bailleul, rédigée par Christiane et Maurice. Les différents liens vous mènent vers les photos de cette journée mémorable.

 

 Galerie "Les outils" - page 1-

 Galerie de peinture - page 2-

Galerie de peinture -page 3-

 

Histoire de la menuiserie, sise 7 boulevard de Metz à Lille

En 1896, Alfred Dhaine achète un terrain face aux remparts. Il y fait bâtir une maison en 1900, époque de l'édification de la plupart des autres immeubles du quartier.

A sa construction, la maison comporte deux pièces au rez-de-chaussée et deux au premier étage. L'atelier de menuiserie et son étage occupent le fond du terrain. En façade se remarquent une superbe porte cloutée à deux vantaux et des vitraux aux fenêtres. Une cheminée ancienne, récupérée probablement,  fait l'admiration des visiteurs. Le magasin à bois est situé à l'angle de la rue d'Esquermes et du Boulevard. En ce temps là, dans les rues, les voitures hippomobiles sont nombreuses, les transports plus légers sont effectués avec des voitures à bras. Ces baladeuses sont le moyen habituel des livraisons.

Les remparts, construits après l'annexion d'Esquermes par la ville de Lille en I858, ceinturent la ville partant de la place Antoine Tacq, les habitants disent « la Porte de Béthune » car celle-ci y est incontourna­ble, il faut passer dessous pour entrer ou sortir de la ville. Le train de ceinture qui va de la gare St Sauveur a l'embryon du Port de Lille, en ravitaillant en route les usines érigées sur son passage, rythme les journées. Les remparts servent de lieux de promenades agréables et de terrains de jeux pour les enfants.

Le Boulevard de Metz, ainsi dénommé en 1872 est un des sept tronçons du Boulevard du Maréchal Vaillant qui faisait six kilomètres de long. Il n'a de boulevard que le nom, c'est plutôt un chemin de terre pavé entre la rue d'Esquermes et la Place Antoine Tacq, et aussi entre la rue St Bernard et la Porte des Postes, devant l'hôpital de la Charité. Il faut se rappeler que des vestiges néolithiques prouvent que ce coin d'Esquermes était habité dès la plus haute antiquité. Rigaux, de 1870 à 1875, mit à jour 88 sépultures fran­ques Place A. Tacq. Dans ces tombes se trouvaient des vases et de multiples objets: fibules. boucles de ceinture, épées, lances et boucliers.

Autour de la Porte de Béthune, il y a cinq cafés, une forge (maréchalerie, carrossage, charronnage) une épicerie, une bourrellerie. Aux bords des rues avoisinantes deux ou trois cafés, une droguerie, une boucherie, un débit de tabac et une épicerie. Au milieu de la place un kiosque à tramways puisque c'est le terminus du B qui rejoint le centre ville par lia rue de Loos. Le tramwav B va du centre ville à Haubourdin par la rue d'Isly.

Avant l4-l8, le travail se fait à la main. Chaque ouvrier possède son coffre avec des outils marqués à ses initiales. La semaine de travail compte 66 heures à 0,55 Frs. En 1924, Pierre Bailleul reprend la Menuiserie en Société. L'atelier occupe désormais les 117 M2 du rez-de-chaussée et l'habitation est transférée au 1er et 2ème étage. Quatre machines en fonte sont installées : scie à ruban, raboteuse dégauchisseuse, mortaiseuse et toupie. L'énergie, d'abord founnie par un moteur à gaz, est très vite donnée par électricité. Quatre établis massifs permettent le travail à façon.

L'effectif de la menuiserie se compose du patron qui travaille aussi de ses mains et de trois ouvriers de base. Des compagnons sont embauchés et débauchés selon les travaux à faire comme c'est la coutume à l'époque.

Pierre Bailleul obtient une médaille d'argent au Concours Lépine de I 932 pour l'invention d'un protecteur pour toupie. Le slogan «Son prix ? moins qu'un bout de doigt ». tandis que Madame Bailleul, qui a élevé sept enfants, obtient la médaille de bronze de la Famille Française la même année. Le téléphone est installé au début des années 30. Il sera pendant longtemps le seul du coin et a donc servi à beaucoup de voisins.

La Porte de Béthune, qui a vu passer Clémenceau et le Président de la République le 21 septembre 1918, et les remparts ont été rasés, à la force des bras dans les années 20. Des vestiges, avec des casemates subsisteront jusque la guerre 39. Celles-ci serviront d'abris à de nombreux habitants du quartier et des H.B.M. de la rue Verhaeren pendant les trois jours de bataille dans le secteur (26-27-28 mai 1940).

Lors de ces combats, la menuiserie a reçu quelques obus français de 75.  Le numéro trois du Boulevard a été rasé par une bombe allemande. Il n'y a plus seule une vitre dans les environs. Le travail reprend très vite avec une pénurie de matériaux pendant toute la guerre. Dés  40-41, les restes des fortifications sont rasés et servent à faire la rampe du pont de la Cité Hospitalière. Dans la plaine sur le boulevard  sont  érigés  une cinquantaine de baraquements pour loger les sinistrés des bombardements.

Après la guerre, l'automobile, est longtemps restée objet de luxe réservé à des privilégiés. La première camionnette de la Menuiserie est acquise en 1952, elle sera suivie d'une 203 Peugeot et d'une 403 bâchée. Vers 1950, la Ville s'est décidée à moderniser le boulevard de Metz. Dans l'opération, le magasin à bois est rasé. Les H.L.M. s'élèvent peu à peu entre 1955 et 1960.

La Menuiserie est passée de père en fils. L'appartement a été modernisé. Les méthodes de travail ont évolué et du petit matériel moderne facilite la mise en oeuvre. La tâche de l'artisan évolue, il n'est plus question de fabriquer des cercueils comme auparavant. Il reste tous les travaux hors dimensions car des usines confectionnent portes et fenêtres en bois, alu ou PVC en série. Considéré comme matériau noble, le bois est réservé désormais aux réalisations de qualité.

Les embouteillages du boulevard cessent lorsque la jonction de l'autoroute de Paris avec celle de Dunkerque est faite. Le train de ceinture cesse son traffic le 21 décembre 1983 après le raccordement du Port à la gare de Lille-Délivrance.

L'entreprise de menuiserie reste en activité jusqu'en  1987. La ville a changé de visage, le groupe Concorde a étendu ses barres et ses tours, les a maintes fois rénovées. Les petits artisans et commerçants disparaissent peu à peu. Quand on crée la zone franche dans les dernières années du siècle, on oublie malheureusement d'y inscrire un tronçon du boulevard du N°1 au 17. La rénovation de celui-ci a commencé en 2001 au niveau du centre commercial. La réhabilitation de la place A.Tacq est programmée, pour une amélioration du trafic. Les riverains ont anticipé en embellissant leurs immeubles.

Le 7 Boulevard de Metz  est une maison agréable à vivre, idéalement située auprès des écoles, lycées, transports en commun et du C.H.R. Pas de vis-à-vis sauf des arbres et de la pelouse. Le soleil y pénètre largement. Le 7 a commencé son deuxième siècle d'existence.

 Christiane et Maurice Bailleul  - Le 20 avril 2002 -

 

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